Les APIE

Toute l’équipe enseignante et éducative s’est formée et continue de se former à l’accueil spécifique d’enfants intellectuellement précoces. L’idée est venue en étant confrontés à un certain nombre de ces élèves qui semblaient faire apparaître des écueils dans la pratique à la fois enseignante et éducative. Une pensée arborescente qui met en lien très vite mais a beaucoup de mal  à définir les étapes de l’apprentissage, un rapport au corps lié soit à l’hyperactivité, soit au déni du corps et enfin des émotions très fortement exprimées.
Avec l’aide de spécialistes (Olivier REVOL, Jean-François LAURENT, Valérie DUBAND…) nous avons posé les jalons d’un regard nouveau sur ces élèves, notamment sur le mode de fonctionnement social : « Comment gérer ces élèves dans une classe ? » « Quel parcours particulier peut-on leur proposer ? »

Différents stages demandés par certains enseignants qui souhaitaient se former sur le sujet.

Aujourd’hui le groupe Saint Denis a mis en place un protocole particulier pour ces élèves APIE.
Le choix s’est porté sur cette appellation particulière qui nous paraît la plus à même de définir un mode de fonctionnement particulier. Le mot « précoce » nous paraissait limité puisque le fonctionnement de ces personnes va durer toute leur vie, pourra-t-on encore les dire »précoces » à 60 ans sans faire sourire ?
Par ailleurs, le fait de parler de l’aspect émotionnel dans l’intitulé nous a plu parce que précisément ces émotions « submergeantes » nous mettaient souvent dans l’embarras et que nous souhaitions tenir compte de cet aspect.

Trois heures particulières dans l’emploi du temps :

La première est dévolue à un projet. L’idée est d’obliger les enfants à se mettre en perspective avec l’idée de présenter leur travail et donc de valider la faisabilité du projet (notamment au cycle III), d’où l’utilisation de la langue française et des mathématiques. En maternelle, tous les élèves de MS et GS font des Echecs, ce qui permet de voir leur capacité de conceptualisation, de repères spatiaux et d’anticipation. C’est un moyen d’être alerté rapidement.

  • En cycle II, le projet tourne autour de la langue orale liée à un sujet qui les intéresse (dinosaures, planètes …). L’idée est de les obliger à utiliser un vocabulaire précis et à améliorer leur maîtrise de la langue orale afin de pouvoir présenter le fruit de leurs découvertes.
  • En cycle III, le projet est libre et peut-être individuel ou collectif. L’exigence est de présenter un produit fini en fin d’année (dessin animé avec scénario, robot construit par l’élève …)
  • Au Collège, les APIE apprennent le japonais par les Mangas en 6e, 5e et 4e ce qui les oblige à une rigueur au service d’un sujet qui les passionne souvent.
  • Le groupe APIE (collège) participe aussi au développement du site avec l’informaticien du collège Sylvain Koeller et la professeur de technologie Souad Boutefnouchet.
    Il participe aussi à un projet sportif avec Raphaël Ogier, professeur de sport au collège.
    Ces projets permettent au élève d’apprendre à maitriser leurs émotions.

Exemple : Deux élèves APIE de CM2 ont souhaité créer un site internet sur lequel il serait possible de voter pour qu’Annecy soit ville olympique en 2018 arguant du fait qu’elles seraient majeures à ce moment-là et souhaitaient s’y rendre.

Il a leur a fallu se renseigner sur les conditions nécessaires à la fois en termes géographiques, économique et politiques de la ville, puis esquisser une présentation informatique et enfin présenter le projet en fin d’année, d’où un travail particulier sur la langue orale.

 

La deuxième est une heure de méthodologie. « L’heure de la rigueur ». Il peut s’agir d’un texte à copier parfaitement sans oublier le moindre signe de ponctuation, avec une écriture parfaite ce qui est souvent le point faible des APIE. Ce peut-être la démonstration mathématique avec laquelle ils ont du mal puisqu’ils ont déjà trouvé la réponse. L’objectif est de les faire travailler sur les étapes nécessaires. Ce peut être enfin la liste des fournitures ou matériel à prévoir en fonction d’une leçon donnée pour le lendemain. Que dois-tu mettre dans ton cartable pour faire ce travail ? … Ceci pour lutter contre l’étourderie très présente des APIE.

 

La dernière heure est dévolue au travail du corps. Les APIE se partagent globalement en deux groupes : les doux rêveurs qui ont oublié qu’ils avaient un corps, très maladroits, ils surinvestissent l’intellect au détriment du physique. Ils ne sont que « dans la tête ». Les autres qui ont du mal à maîtriser ce corps sont souvent agités. Hyperactifs, la concentration leur fait parfois défaut. D’où un travail avec le professeur de sport qui s’est approprié le projet et les fait travailler sur deux axes

Retrouver le plaisir du corps : c’est agréable de courir, de marcher, de lancer. Les élèves peuvent refaire des gestes de la petite enfance : marcher à quatre pattes, ramper …

Maîtriser un corps qui « déborde » : tir à l’arc, course d’orientation, match de frisbee …

Pour conclure, l’aspect émotionnel est pris en compte. Les enseignants laissent la place pour que ces élèves traduisent leurs émotions de façon acceptable (Oui, on a le droit d’être en colère. Non, je ne peux pas donner des coups de pieds parce que je suis en colère et je peux l’exprimer autrement), ils acceptent l’humour mais ne tolèrent pas l’insolence et font un rappel régulier à la règle.